Le bonheur selon les neurosciences : Quelle est la part de l’innée et de l’acquis dans le bonheur personnel ?

Le bonheur selon les neurosciences :

Quelle est la part de l’innée et de l’acquis dans le bonheur personnel ?

Introduction :

Pendant longtemps le bonheur a seulement été étudié du point de vue psychologique mais depuis peu ce dernier est étudié dans le domaine de la neurobiologie. Le mot bonheur est associé la plupart du temps avec la sagesse des stoïciens ou des bouddhistes mais rarement avec l’idée que celui-ci dépende de notre génétique.

Pourtant plusieurs études nous prouvent que le bonheur dépend des hormones, et plus précisément de leur dosage, telles que l’adrénaline produite lors de nos pics d’instincts de survie, l’ocytocine liée à l’état d’extase ou encore la sérotonine bienfaitrice dans les moments d’euphorie ou de calme. De plus, le bonheur dépendrait aussi de différents gènes hérités de nos ancêtres tels que le gène 5HTT, le gène DISC1, le gène DRD4 ou encore le gène MAO-A. Mais nos efforts personnels tel que notre art de vivre et notre état d’esprit pourrait tout aussi bien influencer notre bonheur.

L’état de bien-être plus connu sous le nom de bonheur dépendrait alors d’un héritage génétique mais aussi d’un comportement, d’une discipline de vie. Alors, Quelle est la part de l’innée et de l’acquis dans le bonheur personnel ?

Pour répondre à cette question nous verrons dans un premier temps que notre bonheur est en action dans les neurotransmetteurs et dans les aires cérébrales. Par la suite nous verrons que notre prédisposition génétique agit sur notre perception du bonheur. Et pour finir, nous verrons que nos efforts personnels pourraient tout de même influencer notre bonheur.

I/ Le bonheur en action dans les neurotransmetteurs et dans les aires cérébrales

A. Le rôle des différents neurotransmetteurs

Tout d’abord, il existe différents neurotransmetteurs à l’origine de nos états émotionnels. On peut notamment citer la dopamine, la sérotonine, l’endorphine, l’ocytocine, l’adrénaline ou encore les enképhalines. Chacun de ces neurotransmetteurs a un rôle spécifique et intervient d’une manière ou d’une autre dans notre quête au bonheur.

La sérotonine permet de réguler nos humeurs. Elle agit comme un euphorisant, procure un bien-être et est stimulée par l’affection. Les endorphines et enképhalines sont connues comme « hormones du plaisir », elles ont un effet euphorique, antalgique, anxiolytique et régulent l’anxiété et le stress. L’ocytocine quant à elle, découverte par de récentes études, serait l’hormone de l’amour et par conséquent un élément essentiel dans la quête au bonheur. Sa découverte à été permise par deux chercheurs américains : GETZ Lowwell et YOUNG Larry. Ils ont ainsi montré grâce à des expériences sur des campagnols que l’ocytocine est à l’origine de la fidélité, l’attachement, l’empathie, la confiance et les sentiments positifs. L’ocytocine permet donc le bonheur partagé. [1] Mais il y a aussi la dopamine qui est la raison de la motivation mais aussi la responsable du plaisir. Si le niveau de dopamine diminue, le doute et le manque d’enthousiasme apparaîtront. Une autre cellule nerveuse est l’adrénaline qui est produite lors de nos pics d’instincts de survie et en réponse à un état de stress. L’harmonie de ces nombreuses hormones permet la régulation de nos émotions, pensées, sentiments et sensations. [5]

Ces différentes molécules n’agissent pas seules dans le cerveau, elles ont besoin d’autres substances telles que les électrolytes, les acides aminés, les peptides. L’activité de ces différents éléments va stimuler ou annihiler des émotions comme le plaisir, le désir, la motivation… et vont par conséquent rendre un être heureux ou malheureux. [1]

B. Les zones cérébrales en lien avec les émotions positives

Pour les neurobiologistes le bonheur c’est l’état dans lequel on se trouve quand on se réjouit de ce qu’il va se passer. Cette définition permet d’éclairer les raisons pour lesquelles différentes zones du cerveau entrent en activité lors du ressenti d’une émotion positive. Des IRM ont été réalisées afin d’étudier l’activité des neurones à un moment précis et ont permit de montrer qu’imaginer un événement positif passé ou futur fait entrer en activité plusieurs zones cérébrales : l’hippocampe, l’amygdale, le cortex préfrontal ventromédian, le cortex préfrontal dorsomédian, les aires cingulaires, certaines régions du cervelet…

L’hippocampe est responsable de la représentation mentale d’une situation. Le cortex préfrontal ventromédian est la région qui attribut un j’aime ou je n’aime pas, une émotion, un sentiment de bien-être ou mal-être à une représentation. Ce cortex est en lien avec plusieurs autres zones cérébrales responsables notamment du désir, du plaisir et de la sécrétion de différents neurotransmetteurs. [4]

De plus même si les émotions positives et négatives sont distinctes, il n’y a pas deux systèmes différents pour gérer ces dernières. Il existe même des régions communes aux deux émotions : le système limbique et le noyau sous-thalamique. Le système limbique sécrète des neurotransmetteurs : la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline responsables de nos émotions en fonction de leur taux. Le noyau sous-thalamique situé dans les ganglions de la base du cerveau est une région qui à la capacité de faire ressentir des émotions variées entre joie et tristesse en fonction de son activité, comme l’a montré une étude réalisée par le psychiatre MALLET Luc en 2007. Une autre région du cerveau est l’hypothalamus qui contrôle l’hypophyse qui sécrète elle-même plusieurs molécules : les endorphines, l’ocytocine. [3]

Des études récentes réalisées par des chercheurs japonais ont permis la découverte de l’existence d’une zone du cerveau qui serait plus ou moins développée si la personne est heureuse ou non. Cette zone est une petite région située dans le lobule pariétal supérieur connu sous le nom de « précunéus ». Cette étude a donc montré que ressentir ses émotions intensément et être satisfait de sa vie développe le précunéus. [2]

II/ Mais, notre prédisposition génétique agit sur notre perception du bonheur

A. Des gènes à l’origine des fluctuations des neurotransmetteurs

Le bonheur n’étant pas une maladie, la recherche médicale lui a accordé pendant longtemps peu d’importance. Cependant le bonheur reste un mystère à découvrir au niveau génétique.

Dés la naissance le bonheur se fait ressentir puisque celui-ci est transgénérationnel selon le Dr SACKSICK Hubert. Nous naissons tous avec un potentiel de bonheur différent en fonction de notre patrimoine génétique véhiculé par la chaîne cortico-endocrinienne. Le Dr JANSSEN Thierry affirme que notre bonheur dépend du gène 5HTT qui permet le transport de la sérotonine dans les neurones mais qui est aussi responsable de notre façon de vivre, de notre monde qui nous entoure et de notre éducation. [5]

Un chercheur américain, PANKSEPP Jaak, est à l’origine de la découverte du gène 5HTT. Ce chercheur a identifié deux versions du gène : une version longue et une version courte. Selon la taille des allèles de ce gène celui-ci transportera plus ou moins de sérotonine. [1]

Différentes études ont montré que les individus ayant un allèle court ont des risques plus élevés de souffrir de dépression mais, ils sont autant heureux que les autres dans les périodes sans événements stressants. D’autres études ont montré que les individus ayant un allèle court réagissent mieux aux psychothérapies que les individus ayant un allèle long. Les individus possédant un gène 5HTT long seront forts face à n’importe quelles situations et les individus possédant un gène 5HTT court auront tendance à être sensibles à la dépression. Un autre gène entre en jeu dans la génétique du bonheur : le gène DISC1 qui une fois muté conduit à l’anhédonie. L’anhédonie est le fait d’être biologiquement incapable d’éprouver le moindre bonheur. [4] [1]

Pour finir, le bonheur est aussi permis par un gène codant pour l’enzyme MAO-A. Cette enzyme est à l’origine de la régulation de plusieurs neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine). Ce gène confirme donc que nos états d’âmes sont bel et bien enraciné dans notre biologie et dans notre patrimoine génétique. [3]

B. Un gène à l’origine de la plasticité cérébrale

Le bonheur dépend de plusieurs facteurs et notamment l’environnement comme l’ont montré des psychologues. En effet, certains individus sont des personnalités plastiques qui sont sensibles à leur environnement et d’autres, au contraire, sont insensibles à leur environnement.

Une personne plastique sera vite malheureuse quand son environnement sera hostile à son bonheur et au contraire heureuse quand son environnement sera plus positif. Alors qu’une personne non plastique ne sera ni malheureuse et ni heureuse. Il existe un gène à l’origine de cette plasticité : le gène DRD4 qui code pour un récepteur de la dopamine. Une personne portant le gène DRD4 sera donc plus sensible aux conditions externes de sa vie.

L’environnement lors du développement aura un impact pour la capacité future de l’enfant à atteindre le bonheur. Si l’environnement est instable alors l’enfant sera stressé et aura des difficultés à se sentir bien dans sa vie d’adulte.

Il existe des modifications épigénétiques permettant de modifier le génome en modifiant l’expression des gènes. Il s’agit de différents mécanismes permettant de modifier certaines parties du patrimoine génétique dont nous avons hérité à la naissance. Une étude réalisée sur des rats a montré que des rats délaissés par leur mère auront des taux de sérotonine inférieurs aux autres rats. Cette carence va provoquer des réactions en chaîne jusqu’à conduire à la non expression d’un gène qui diminue la réactivité au stress. Les rats délaissés seront donc plus stressés que les autres rats car leur génome à été modifié par leur environnement.

Des recherches sont faites pour trouver une méthode qui permettrait de modifier le génome par la voie psychologiques afin que tous les individus trouvent le bonheur. [4]

III/ Cependant, nos efforts personnels pourraient-ils tout de même influencer notre bonheur ?

A. Par la méditation et autres méthodes de pleines consciences ?

Le bonheur n’est pas qu’une question de chimie et d’hormones. Selon le dr VINCENT Jean-Didier, « le bonheur est un état difficile à atteindre », il faut la participation de l’individu et de la persévération pour atteindre l’équilibre entre plaisir et souffrance. [1]

La méditation est certainement un outil important pour obtenir l’équilibre émotionnel. Le Dr SACKCICK explique que la méditation influe sur les taux d’hormones et permet d’être apaisé et de ressentir des émotions positives. [5] La méditation permet d’être plus attentif aux émotions et sensations mais aussi à augmenter sa compassion et sa gentillesse ou encore d’agir sur l’humeur de façon positive. Les conséquences cérébrales de la méditation sont une intensification des ondes gamma qui permet une meilleur synchronisation de l’activité cérébrale mais aussi une augmentation de la neuroplasticité cérébrale. La méditation réduit aussi l’épaisseur des régions responsables de l’anxiété et des émotions négatives. [3]

Plus on est heureux, plus on a de neurones dans le cortex insulaire, responsable de la conscience de soi et de la prise de décision, et dans le précunéus droit, responsable de la conscience de soi. Une étude a révélé que ces deux zones participent au bonheur subjectif.

Le bonheur passe donc par la conscience. Il serait permis par le lâcher-prise aussi nommé le « flow ». Il s’agit d’un état de concentration intense sur l’instant présent faisant abstraction des perturbations et du jugement. [4]

Une autre méthode serait la « conscience réflexive ». Cette conscience est permise par l’activité du cortex préfrontal qui permet de penser et d’avoir une vie intérieure. Il faut cependant veiller à ce que les questionnements négatifs ne prennent pas le dessus sur la réflexion sur nous même. Les ruminations ne sont pas favorables au bonheur. Elles activent la région frontière entre les deux hémisphères. L’activité de cette région provoque un isolement du monde extérieur et renforce l’état négatif. [3]

B. Par un choix de vie ?

Selon le Dr JANSSEN toutes activités permet d’être apaisé et de ressentir de la joie. En effet, toutes les activités permettent d’adoucir notre fonctionnement cérébral et psychique. Il suffit alors de se divertir et d’avoir une bonne hygiène de vie pour atteindre le bonheur.

Nous pouvons atteindre le même effet de rééquilibrage que la méditation procure en allant voir ses amis, en promenant, en pratiquant un sport. Tout simplement en exerçant une activité que nous apprécions et qui, par conséquent, permettra de mettre le cerveau en onde alpha comme le font les méthodes de pleine conscience. De plus, améliorer son apparence par le sport , par la chirurgie ou encore par la manipulation hormonale permettrait d’enfin s’aimer et donc de changer sa vie et d’améliorer son bonheur. [5]

Plusieurs hormones régissent notre bonheur, cependant il est possible de stimuler nos propres ressources. Par exemple, pratiquer un sport permet de favoriser la sécrétion d’endorphines et donc de procurer un état de bien-être. De plus, nous pouvons aussi augmenter nos productions d’hormones du bonheur par l’alimentation. L’alimentation est une source d’acides aminés : le tryptophane que nous retrouvons dans le riz complet, la viandes ou encore les œufs ; la tyrosine que nous retrouvons dans les amandes, les bananes ou encore les produits laitiers. Ces deux acides aminés fabriquent de la dopamine et de la sérotonine donc ils permettent un état de bien-être et procure du plaisir entre autre.[1]

Pour le docteur Thierry JANSSEN, meilleur chirurgien de Belgique, et pour le docteur Hubert SACKSICK, endocrinologue, la finalité concernant leur étude sur le bonheur résulterait en tout point de la culture : l’art de vivre mais aussi de facteurs psychologiques : état d’esprit donc de notre comportement dans la vie de tous les jours. La vision globale est un comportement à intégrer, il faut penser à soi mais aussi aux autres. Finalement, opter pour une discipline de vie emprunte de philosophie. [5]

Conclusion :

À l’heure d’aujourd’hui l’Homme cherche à résoudre des problèmes abstraits et cherche aussi à réfléchir sur soi-même, mais nos émotions ne cessent de nous diriger. Il serait alors important d’en apprendre plus sur les fondements physiologiques et cérébraux qui nous influencent vers un état de bonheur, afin d’améliorer note connaissance de soi.

Il a été montré par différentes études que 50% des aptitudes à se sentir heureux dépendent de la génétique de l’individu et les autres 50% dépendent des efforts faits par celui-ci pour atteindre le bonheur. Mais alors quels efforts doivent être fait pour se sentir heureux malgré notre héritage génétique ? Les pratiques pour atteindre le bonheur sont avant tout une histoire de bon sens. Toutes personnes sait se qui est important pour le bonheur de façon intuitive.

Nous sommes souvent amené à réfléchir à notre bonheur lors des moments de doute, de drame ou encore d’adversité. Dans ces moments là on réalise souvent que l’on sait comment atteindre le bonheur mais qu’on n’a pas appliqué nos connaissances. Le principal enseignement de la psychologie du bonheur est qu’il ne faut pas tarder. En effet, le bonheur c’est savourer et ce n’est pas regretter ou espérer. Comme l’a dit Goethe, dans Faust : « Alors l’esprit ne regarde ni en avant ni en arrière. Le présent seul est notre bonheur. ».

Le bonheur dépend alors d’une multitude de facteurs et il n’est ni complètement inné et ni complètement acquis. Quel que soit note héritage génétique tout le monde à une chance de trouver son bonheur.

Bibliographie :

[1] BETTI-CUSSO Martine. La science du bonheur. Figaro santé [en ligne], 24/01/2013. Disponible sur <http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/24/19736-science-bonheur> (16/12/2016).

[2] LOUME Lise. Cerveau a – t – on découvert la zone du bonheur ?. Science et avenir [en ligne], 23/11/2015. Disponible sur <http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/cerveau-a-t-on-decouvert-la-zone-du-bonheur_104351> (16/12/1016).

[3] MAURAS Thomas, PELISSOLO Antoine. Le cerveau heureux. L’essentiel cerveau et psycho, 2013, Hors-série N°14, pp. 26-32.

[4] MONNIER Emmanuel. Le bonheur mais où se cache – t – il ?. Science et vie, 2016, N°1181, pp. 46 – 62.

[5] VAN EERSEL Patrice. Le bonheur : sagesse ou hormones ?. Cles [en ligne]. Disponible sur <http://www.cles.com/enquetes/article/le-bonheur-sagesse-ou-hormones> (16/10/2016).

Une réflexion sur “ Le bonheur selon les neurosciences : Quelle est la part de l’innée et de l’acquis dans le bonheur personnel ? ”

  1. Emeline BOSC sur

    Ton article est réellement intéressant et m’a beaucoup appris. J’ai apprécié tes explications des termes scientifiques, notamment concernant les hormones et les parties du cerveau. En effet, ton article reste abordable pour les publics débutants en sciences.
    J’aurais aimé en savoir plus sur le (I, A) : en apprendre plus sur les conséquences des hormones dans le bonheur de l’individu comme tu l’as ensuite fait dans le (II, A). Est-ce que certains individus ont plus de chance d’être heureux en fonction de leur taux hormonal ?
    De même, en (I, B), on sait que le bonheur peut influencer le développement du cerveau. Mais à l’inverse, un développement ou meilleure croissance de ces parties peuvent-elles influencer notre bonheur ? Et ainsi créer une inégalité d’accès au bonheur entre les individus ?
    Enfin, en (II, B) tu abordes le cas de la non plasticité « une personne non plastique ne sera ni malheureuse et ni heureuse ». J’aurais aimé avoir ton avis sur le cas des psychopathes qui n’auraient aucune émotion, est-ce un cas comparable ? Peuvent-ils être heureux malgré leur impassibilité face à la vie ?

    Bien entendu, ce ne sont que des pistes que j’aurais souhaité voir abordée pour ma propre curiosité, et ce n’est qu’une preuve de l’intérêt que j’ai pu porter à ton travail. Merci pour cet apport de connaissances !

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