Les nouvelles technologies sont-elles devenues un élément indissociable de notre bonheur au fil du temps ou, au contraire, nous éloignent-elles de ce sentiment ?

NTIC, Internet, Facebook, « surfer sur la toile »… tous ces mots et expressions sont maintenant monnaie courante dans notre vie quotidienne. En 2014, 80,7 % des foyers français ont un accès Internet, soit 22,5 millions de foyers. Ces chiffres parlent d’eux même : aujourd’hui, toutes ces technologies sont estimées « indispensables » par beaucoup mais aussi craintes par certains. En effet, il est maintenant possible de trouver toutes sortes de renseignements, de connaissances, sur des milliers de sujets, d’endroits, de principes qu’il était avant presque impossible de connaître, d’étudier, d’apprendre tout simplement. Notre société actuelle se base sur ces outils et plus particulièrement sur Internet : elle s’est transformée en société technologique et peu à peu la révolution numérique s’impose que ce soit au travail ou dans la vie quotidienne. Il faut cependant noter que l’on parle aussi de « fracture numérique » qu’il existe à travers le monde puisque cette possibilité de « savoir numérique » n’est pas accessible partout dans le monde .
Tout aujourd’hui est question de numérique, même les politiques commence à s’investir sur le marché de la Toile, voyant qu’ils ne peuvent passer à côté d’un moyen de communication si puissant. Cependant, Internet n’aurait-il pas aussi une face plus sombre ? Peut-on aujourd’hui parler de bonheur grâce à Internet et à toutes ces technologies censées améliorer considérablement notre cadre de vie ?

I- Bonheur et innovation technologique étroitement liés au fil de l’Histoire

Nous sommes continuellement dans le progrès, chaque jour trouve sa nouvelle invention, sa nouvelle application, son nouveau smartphone : c’est un renchérissement permanent.

A) Les nouvelles technologies : synonyme d’amélioration de notre quotidien ?

Il est donc important d’avoir un œil critique sur notre situation actuelle par rapport aux nouvelles technologies et d’évaluer le réel apport de ces dernières dans notre quotidien.
Aujourd’hui; nous pouvons constater une aisance matérielle accrue grâce aux progrès réalisés dans les domaines techniques et scientifiques. Les individus mènent une vie plus confortable dans laquelle ils sont moins dépendants des besoins primaires comme l’hygiène et l’alimentation. Cela a permis de diminuer les préoccupations liées à la survie, à la souffrance et à la maladie. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont largement contribué au bonheur des individus en rapprochant les hommes et les femmes pour prendre conscience de l’appartenance à un même monde, à une même humanité. Cela permet une réelle solidarité notamment entre générations. Des grands-parents qui se mettent à la technologie se rapprochent facilement de leurs enfants et petits-enfants pour qui la technologie est omniprésente. Une curiosité accessible à l’échelle planétaire est désormais possible grâce au développement des médias. La technologie est un outil merveilleux. C’est le fait d’entrer en relation avec d’autres personnes à travers son utilisation qui nous rend heureux. La technologie aide à atteindre cette notion de bonheur lorsqu’elle n’est pas imposée et que l’individu reste libre, lorsque nous savons nous l’approprier en fonction de notre vision du bonheur.
D’autre part, la technologie a aidé à développer des modèles économiques avancés dans de nombreuses sociétés, incluant l’économie mondiale actuelle, et a permis l’apparition des loisirs. Toutes les tentatives de trouver son bonheur dans un monde idéalisé sont vouées à l’échec. Nous devons trouver ce qui nous rendra heureux dans cette vie. Or, tout le monde le sait, nous vivons à l’ère du numérique, que cela nous plaise ou non. Le monde de demain sera encore plus numérique que le monde d’aujourd’hui. Il est urgent de dédiaboliser le numérique.

B) L’évolution de la « société primaire » vers une « société technologique »

Il faut quand même être honnête ; notre vie ne ressemble presque en rien à celle d’il y a un siècle. Les nouvelles technologies font maintenant partie intégrante de nos vies et il est intéressant de comparer avec notre mode de vie passé.
L’avancée des connaissances et le foisonnement des produits « technologiques » sont extrêmement rapides, surtout depuis les années 50. D’ailleurs, tout ce qui se rapporte à l’espèce humaine croît très rapidement depuis lors (croissance démographique, consommation de biens, d’énergie, etc.). La vitesse d’évolution du progrès technoscientifique est très élevée, de plusieurs ordres de grandeurs plus grands que l’évolution des espèces ou l’échelle de temps géologique. En seulement quelques 100 années, nous sommes passés de la traction animale à l’exploration de l’espace, et de la communication par déplacement physique (via le service postal) aux réseaux sociaux et au téléphone mobile.
Le XXe siècle est un tournant dans l’histoire de l’humanité avec de nombreuses évolutions techniques et scientifiques majeures.
Dans le domaine des transports, le XXe siècle connaît une révolution avec l’apparition de l’automobile. L’automobile crée un nouveau genre de vie à tel point que les sociétés développées de la planète deviennent des « civilisations de l’automobile », où tout est conçu pour l’automobiliste. L’homme s’arrache également à sa planète, avec l’apparition des fusées : en 1957, les Soviétiques lancent la course à l’espace en plaçant en orbite le premier satellite artificiel, le Spoutnik ; en 1969, les Américains foulent les premiers le sol de la Lune, avec la mission Apollo 11.
L’information et la communication sont le deuxième domaine où les progrès sont considérables, différentes inventions se succédant tout au long du siècle. À partir des années 1920, la radio prend une place grandissante. À partir des années 1950, la télévision s’invite progressivement dans les foyers, d’abord américains, puis européens, avant de se généraliser. Les satellites de télécommunications permettent de relayer des chaînes sans cesse plus nombreuses à partir des années 1980. Les ordinateurs apparaissent en 1943 : d’abord réservés aux États et aux grandes entreprises en raison de leur coût et de leur encombrement, ils se démocratisent rapidement. Dans les années 1990 se généralise l’usage de l’Internet. Puis le téléphone mobile, qui apparaît dès 1983, se miniaturise et se retrouve dans la poche de tout le monde… Le monde devient connecté.
La médecine connaît également des progrès fulgurants : les vaccins, radio, scanner, IRM… La chirurgie devient plus précise (microchirurgie, techniques non invasives). De ce fait, l’espérance de vie s’allonge, d’où un sentiment de bonheur.

II- Les nouvelles technologies : illusion du bonheur ?

Cependant beaucoup craignent ces technologies qu’ils jugent envahissantes et superflues voire dangereuses. Aujourd’hui, Internet est aussi considéré comme « incontrôlable » par 70 % d’entre nous et nous allons donc démontrer les diverses faces sombres de celles-ci.

A) Les craintes envers les NTIC

Nous pourrions en déduire que la technologie permet aux individus d’accéder à ce sentiment d’être heureux mais qu’en est-il des aspects négatifs de toutes ces avancées techniques ?

Dans les années 1900, les premières conséquences négatives de la technologie apparaissent avec les guerres mondiales et industrielles. On ne va plus utiliser le progrès à des fins pacifiques. La technologie n’est alors plus vue comme un pilier au bonheur mais comme plutôt comme la possibilité de détruire l’humanité.

A notre époque, avec l’utilisation massive des TIC nous n’utilisons plus de la même façon les anciens biais de communication comme le courrier. Nous sommes dépendants de la technologie. Nous avons réorganisé toute notre pensée, nos méthodes de travail et de communication autour de la technologie. Lorsque celle-ci ne fonctionne plus, nous sommes comme figés le temps de sa restauration.
La technologie en tant que telle n’est pas le bonheur. Il est important de fixer des normes et limites dans l’utilisation de celle-ci qui donne des illusions aux individus sur ce qu’est le réel bonheur. La technologie apporte des satisfactions limitées en réponse à des besoins qui n’existeraient pas si la technologie elle-même n’existait pas.
Certaines fictions comme le film de Spike Jonze : Her, vont même jusqu’à donner une existence propre à la technologie, en effet le personnage du film tombe amoureux de cette voix artificielle qui orchestre sa vie. D’ailleurs, le film Titanic est souvent exposé comme exemple pour démontrer les risques liés à la technologie, que tout n’est jamais sous contrôle et l’aspect technologique n’est pas forcément synonyme de bonheur, il renforce les écarts entre les sociétés.

B) Le bonheur dans la décroissance ?

Un grand homme nommé Gandhi a dit un jour : « Si une machine vous est utile, gardez la. Si elle vous est indispensable, jetez la ! ». C’est pourquoi nombreux sont d’avis de réduire l’influence des nouvelles technologies dans leur vie : c’est la « décroissance numérique ». Cette notion est basée sur le fait de l’impact de ces innovations sur l’environnement. En effet, l’impact écologique des nouvelles technologies, et d’Internet en particulier, est non seulement énorme, mais croit de manière vertigineuse. Quant on sait que la moyenne d’usage de ces outils ne dépasse pas quelques mois, qu’ils sont pleins de matières toxiques et que le taux de recyclage est loin d’être optimal, on mesure le problème. Et, puis, il y a la question majeure de la consommation énergétique : si Internet était un pays, il serait le 5ème consommateur d’électricité au monde. Il est donc important de changer nos habitudes : ne pas envoyer de mails inutiles, ne pas passer par Google pour aller sur un site, mais taper directement l’adresse… et plein de petites choses qui pourraient ralentir notre consommation de nouvelles technologies et favoriser la planète et donc notre bonheur.
Entre l’inutile, le futile, le frustrant et le superflu, le bonheur a du mal à trouver sa place. Et pourtant, nous achetons tous toute une série de choses high-tech inventées par des gens bien-pensants, convaincus que leur invention va changer la vie de leurs contemporains. Changer, oui, améliorer, pas sûr. L’Avoir conditionne désormais l’Être, jusqu’à parfois l’éclipser. Une dépendance croissante à une multitude d’appareils et à leurs usages divers est à l’origine de nouveaux maux.

Pour conclure, si l’on prend l’exemple des guerriers de Papouasie qui répondent à leurs besoins grâce à la chasse et à la pêche, qui n’ont pas besoin de faire leurs courses aux supermarchés, qui ne sont pas la cible des publicitaires, qui fabriquent leurs propres vêtements… Sont-ils pour autant moins heureux que nous autres Occidentaux ?
Nous pouvons tout simplement en déduire que le bonheur dépend en fait des aspirations de chacun. Le rejet de la société existe bel et bien chez certains individus, Occidentaux ou non, pour qui “pour être heureux, vivons cachés”. Le confort matériel, l’accès aux nouvelles technologies, la mondialisation, la ville… ces éléments sont-ils indispensables à notre bonheur ? Peut-on parler de “bonheur occidental” en comparaison à celui des individus vivant dans des sociétés plus primitives ?

 

Bibliographie :

1. BURGORGUE-LARSEN Laurence. « Les Nouvelles Technologies », p.65-80. In : Pouvoirs, L’état des libertés [en ligne], 2009, ISBN : 9782020986755, Le Seuil, 228 p. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2009-3-page-65.htm (consulté le 27/01/17).

2. JONZE Spike. Her. Annapurna Pictures, 2014, 2h 06min.

3. BLONDEL Danièle. « L’innovation, clé du bien-être ? ». Les Grands Dossiers des Sciences Humaines : Innovation et créativité, 2015, n°38, p.28-32.

4. WAUTERS Vincent. « Comme si la technologie était créatrice de bonheur ». In : cirb.brussels [en ligne], 2015. Disponible sur http://cirb.brussels/fr/blog/2015/01/comme-si-la-technologie-etait-creatrice-de-bonheur (consulté le 27/01/17).

5. DESHAYES Christophe et STUCHLIK Jean-Baptiste. « Le numérique et le bonheur ». In : inriality.fr [en ligne], 2013. Disponible sur http://www.inriality.fr/sante/bonheur/coach-numerique/le-numerique-et-le/ (consulté le 03/02/17).

6. « De quoi avons-nous besoin ? Bonheur, consommation, capitalisme », p.7-11. In : Mouvements. N°54. ISBN : 9782707154033, La Découverte, 2008, 144 p. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-mouvements-2008-2-page-7.html (consulté le 10/02/17).

3 réflexions sur “ Les nouvelles technologies sont-elles devenues un élément indissociable de notre bonheur au fil du temps ou, au contraire, nous éloignent-elles de ce sentiment ? ”

  1. DUMAS sur

    Aujourd’hui la technologie est partout , on la retrouve tous les jours dans nos faits et gestes. Mais la dépendance à la technologie est un réel problème qui peut avoir des conséquences sur notre bonheur. L’augmentation de l’interaction virtuelle fait diminuer la réalité de la vie humaine et diminue les liens sociales. Les nouvelles technologies peuvent nous apporter tous ce que l’on souhaite et donc nous pouvons vivre cloîtrer chez soi sans voir l’extérieur. Cette utilisation excessive peut mener à la dépression et à l’isolement social.
    Les nouvelles technologies ne sont pas compatible avec le bonheur , elles sont à utiliser avec modération pour nous permettre de chercher le bonheur non pas derrière un écran mais dans la vie réel qui nous entoure.

  2. Bastien MERLANCHON sur

    Votre analyse des technologies ainsi que de leur utilisation est très intéressante et met bien en lumière deux cotés de ces dernières.

  3. RANC Sébastien sur

    Avant tout je tient à te dire que ton analyse en fait réfléchir plus d’un. Les points important que tu as fait ressortir sont capital. Mais j’aimerais rebondir sur le commentaire de Mme Dumas qui souligne que les nouvelles technologie diminue les liens sociales, dans certains cas elles en crée et permet de rencontrer des personnes avec les mêmes points commun.

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